mercredi 8 février 2012

Gagner le G... ouverneur Général

Salut!

Les Prix littéraire du Gouverneur Général du Canada, vous connaissez?  Ah non?  C'est vrai qu'à moins d'être dans le milieu littéraire, ces livres font couler pas mal moins d'encre que le fameux Goncourt avec lequel il partage sa première lettre.  Moins prestigieux en terme d'impact médiatique, il reste que le gagner est pour l'heureux ou l'heureuse récipiendaire une sacrée récompense!  En plus de l'argent que le prix emmène dans la besace de l'auteur, bourse il faut le dire plus généreuse que celle versé par l'Académie qui fait ses petites réunions à huit-clos dans un grand resto parisien chaque mois...

Parce que les prix littéraires les plus prestigieux ici restent bien souvent remis à l'étranger.  L'impact médiatique d'un Goncourt, d'un Renaudot ou d'un Fémina sont plus fort que celui de ce bon vieux GG.  Certes, il y a le Prix des Libraires et le Robert-Cliche, mais en dehors d'eux, la plupart des prix littéraires ne touchent qu'un faible réseau de gens qui se connaissent tous au Québec.  Il y a à ça bien des raisons.  De un, la culture littéraire d'ici n'est pas aussi développée qu'en Europe où les écrivains ont eu et ont toujours un rôle important à jouer sur la place publique.  On peut penser à Émile Zola qui a pris fait et cause pour Dreyfus lors de la célèbre affaire du même nom ou l'implication de Victor Hugo dans le débat pour l'abolition de la peine de mort ou encore plus récemment Albert Camus et ses combats pour la liberté.  Encore nos jours, plusieurs écrivains s'impliquent dans des débats dans le paysage médiatique français.  Frédéric Beigbeider, Benoîte Groulx et d'autres marquent de leurs idées le débat qu'ils transposent ensuite dans des livres.  Cependant,  ils le font à titre d'écrivain, pas de journaliste ou d'acteur, ou de n'importe quel autre métier qui prend la plume. Leur décerner des prix ne fait que renforcer un prestige déjà existant.  Ici, les gens ne sont pas célèbres au départ pour leurs livres, enfin à quelques exceptions près.  Quand on écrit un livre célèbre, c'est qu'on est un journaliste, un acteur, une personnalité publique.  Pas un écrivain.  Certes, certains écrivains ici ont fait leur marque, comme Gil Courtemanche, mais c'est plus rare.  L'écrivain n'a pas le même statut ou encore le même rayonnement au Québec que dans d'autres pays. 

Ensuite, il faut le dire, le marché est ici très petit, alors le nombre de personne que peut toucher un prix est plus limité.  L'impact est possible suit donc cette tendance.  Et vous ne verrez pas vraiment de caméras d'actualités couvrir en direct des événements littéraires de remise de prix.  Tout le contraire de la France où les caméras de la presse s'entasse dans le hall de chez Drouant à chaque premier mardi de novembre.  Il n'y a pas le même enthousiasme envers les lettres.  On peut en pleurer ou se dire qu'on est différent et apprécier ce qu'on a.  Après tout, il n'y a pas que de bons côtés au système français des remises de prix.

Et en ce qui concerne le Prix du Gouverneur Général, il a un gros défaut...  c'est d'être remis au niveau fédéral.  Pour beaucoup d'intellectuels d'ici, c'est une tare.  Donc, on regarde de haut ce prix qui a pourtant ses qualités.  Ses défauts aussi, mais rien ni personne n'est parfait.  Il n'a ni le prestige du Goncourt, ni son historique, ni son impact médiatique.  Mais il reste que c'est un prix et un prix important au niveau local.  Parce qu'il distingue des écrivains d'ici et leur donne les moyens de faire la promotion de leur oeuvre (le prix est associé à une bourse de promotion pour la maison d'édition)  Et année après année, les lauréats sont de qualité.  Alors, cessons de bouder nos prix littéraire et donnons-leur la place qui leur revient: celle d'être nos prix, qui récompense notre littérature et nos réalisations.

@+ Prospéryne

3 commentaires:

  1. Il y a une autre différence à signaler entre les écrivains québécois et les écrivains français.

    En France, les écrivains vivent de leurs droits d'auteur ou (s'ils ne sont pas connus) des mécanismes d'aide sociale, plus généreux que les nôtres.

    Ici, les écrivains survivent grâce aux subventions obtenues des... gouvernements. Alors se mêler trop ou trop vite de politique, ça revient à se condamner à mourir de faim.

    Et un écrivain qui se plaindrait de ne plus recevoir de subvention se ferait probablement répondre par ses gentils concitoyens de se trouver une "vraie" job. :S

    Non, pas de culture intellectuelle et lettrée ici...

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  2. J'avais posé la question à Gilles Leroy (Goncourt en 2007) à savoir s'il était capable de vivre de sa plume avant son Goncourt et il m'avait dit que oui, mais chichement. C'est mieux en France certes, mais c'est pas rose pour autant. Par contre, pour le fait que des auteurs vivent de subventions ici, ça fait une différence, c'est sûr, mais je crois que la majorité des écrivains finissent plutôt par avoir une «vraie» job comme tu dis, parce que ce n'est pas tout le monde qui veut vivre éternellement avec le strict minumum. La culture littéraire ici est très différente de celle de la France. Et encore plus de celle des États-Unis où un auteur peut parfois arrêter de travailler après un roman à succès. Ce n'est vraiment pas tout le monde qui réussit à se faire du cash comme Dan Brown, mais tout de même...

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  3. Un billet très intéressant... Merci.
    Je viens de te taguer, ici : http://soifdeliredellcrys.blogspot.com/2012/02/tag-des-11-choses.html

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