lundi 16 juillet 2012

Le bon vieux métier de copiste

Salut!

Il y a de cela quelques siècles, la totalité des documents devaient être copiés à la main.  Ça demandait un temps fou et surtout, de savoir écrire.  C'est pourquoi être copiste était un bon métier au Moyen Âge.  De nombreux moines l'étaient pour leurs monastères et ont permis par leur labeur silencieux de faire perdurer de précieux documents au travers des siècles.  Cependant beaucoup de copistes l'étaient à leur compte.  C'était leur métier de copier des documents.  Alors imaginez la révolution qu'a représenté l'arrivée de l'imprimerie dans leur monde?  De notre côté de l'histoire, de celui qui, distant de plusieurs siècles, a vu l'imprimerie et ce qu'il a permis de réaliser par la suite, on peut dire que ça a été positif.  On regarde leur métier et on peut se dire que c'était une perte de temps et que la presse à imprimer a permis de royalement améliorer les choses.  Mais pour les hommes et les femmes qui ont vu leur univers s'écrouler, je ne pense pas que l'invention de Gutenberg ait été quelque chose de positif. 

Je me sens parfois comme une copiste du Moyen Âge.  Non, je ne copie pas lettre par lettre et paragraphe par paragraphe des documents, mais je fais un métier qui est à la veille d'une mutation majeure.  Et je le sais.  Je ne peux pas me voiler la face et dire que dans dix ans mon métier sera le même.  Sans doute que dans quelque siècles, les gens regarderont le métier de libraire et lui trouveront le même caractère désuet et dépassé que beaucoup trouve au métier de copiste.  Mais pour moi qui vit ces changements au présent, je ne peux m'empêcher de poser me poser la question: les copistes ont-ils vécu les mêmes questionnements que moi?  Certes, à leur époque, on a remplacé la plume et la personne qui la tenait par un appareil plus compliqué et moi, je fais face au remplacement du produit que je vends par l'immatériel numérique, mais le fait est que dans nos deux cas, un changement technologique majeur bouleverse notre métier et à travers ça, notre vision et notre place dans le monde.  Je ne pense pas que quiconque apprécie que quelqu'un d'autre arrive et lui dise que ce qu'il défend, ce en quoi il croit, est périmé, ancien ou encore foutu.  Surtout quand c'est quelque chose auquel on croit de toutes nos trippes. 

Je me rappelle une scène d'un film sur l'invention de l'imprimerie où l'un des personnages demandait à un autre ce que le métier de copiste allait devenir et l'autre lui a répondu de façon assez sèche qu'il n'y avait pas à s'attacher au passé.  C'est je crois le point qui me blesse: quand on tourne carrément le dos au passé et qu'on jette le bébé avec l'eau du bain.  Évoluer, oui, avancer, oui, mais en écrasant les autres?  J'ai lu je ne sais trop combien de commentaires sur les libraires passéistes sur le net, ou sur les maisons d'éditions qui ne seraient que des bourgeois-bohème défendant des valeurs petites-bourgeoises.  C'est le mépris que je ne supporte pas.  Je ne suis pas plus passéiste qu'un autre, je sais que l'Histoire avec un grand H ne suit qu'une seule direction, en avant, mais je défends mon métier et je suis sûre et certain qu'il a encore sa pertinence de nos jours.  On a le droit de ne pas être d'accord, pas d'écraser les autres parce qu'on a en main la dernière bidule techno et qu'on croit en son potentiel.  Le mépris et l'agressivité n'a jamais fait avancer grand chose. 

Et encore, tous les prophètes de malheur sur le milieu des librairies ne sont pas des devins non plus.  Gutenberg croyait dur comme fer que l'imprimerie allait permettre un renouvellement de la foi.  À son époque, l'accès direct à la Bible était difficile à cause de son coût élevé dû à la lenteur des procédés de copie et la crise des anti-papes avaient laissé de dures cicatrices au sein de la chrétienté.  Il a certes réussit son pari, mais sans le savoir, il a aussi déclenché un formidable mouvement qui a mené à l'éclosion de l'humanisme grâce à la capacité qu'avait désormais l'être humain de pouvoir facilement répandre la connaissance.  Jamais Gutenberg n'aurait pensé à ça.  Ce que va donner le numérique, nul ne peut le prédire, jamais, en aucune façon.  Il n'y a plus de copiste aujourd'hui.  Peut-être n'y aura-t-il plus de libraire demain.  Mais leur rôle, celui de faire circuler la connaissance est toujours présent.  Quel forme prendra mon métier demain?  Qui vivra verra!  Je ne crois par contre qu'un jour, le fait d'avoir un spécialiste dans les livres et la littérature et surtout dans les nouveautés ne sera plus un atout. 

@+ Prospéryne

2 commentaires:

  1. Le changement majeur est qu'à l'époque de Guthenberg, les copistes en activité ont vu leur importance diminuer tranquillement, ils n'ont pas formé de relève, mais ils ne se sont pas non plus retrouvés au chômage du jour au lendemain : la diffusion de l'imprimerie a pris du temps.

    Par contre, à notre époque, quand la machine économique s'emballe, on peut voir un métier disparaître quasiment du jour au lendemain. Alors je te comprends de t'inquiéter.

    Mais oui, je pense que le libraire sera toujours utile, ne serait-ce qu'en présence virtuelle, même si le livre électronique l'emporte.

    Les dieux nous en préservent d'ailleurs! Parce qu'avec les changements actuels aux lois, si le format électronique l'emporte, on va perdre très vite énormément de qualité au niveau du contenu.

    Mais ça, les amateurs de bidule s'en foutent : ils lisent pas!!!

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  2. @Gen, commentaire très pertinent: les amateurs de bidules ne lisent pas, ou du moins, ils ne sont pas attachés aux mêmes choses que les lecteurs papiers et ils sont prêts à tout détruire de notre univers sans même se poser la question du si ça vaut la peine. Le papier va-t-il survivre? Oui, parce qu'il y aura toujours des gens pour aimer une certaine forme de littérature qui ne sera pas servie par les tenants du numérique, tout simplement parce qu'ils ne le comprennent pas.

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