mercredi 9 avril 2014

Vaut-il mieux éviter certains livres quand on est jeune?

Salut!

Mini-controverse ces derniers jours déclenché par un billet de Pierre Foglia.  Le sujet?  On a fait lire à des jeunes de secondaire 4 le roman Sanguine de Jacques Bissonnette.  Un roman policier, mais frôlant par moment l'horreur.  Très brutal en tout cas et la quatrième de couverture ne le cache pas.  Foglia s'insurgeait que l'on puisse faire lire un tel livre à des adolescents de seize ans.  Répondant à cette épineuse question, Patrick Senécal livrait un vibrant témoignage sur l'importance que les adolescents lisent d'abord et avant tout des livres qu'ils ont envie de lire.  Et de lancer cette phrase: «Si on lit un livre, c'est qu'on est prêt à le lire.»

D'accord, pas d'accord?  Au-delà de la question de savoir si on devrait faire lire des romans d'horreurs aux jeunes du secondaire (j'aurais détesté ça!) ou des classiques (qui augmentent le nombre d'heures dormi par nuit chez les ados), se pose une question importante: à quel âge est-on prêt à lire certains livres?  Certains sujets, comme la sexualité ou encore la violence peuvent perturber certains lecteurs, cela est vrai.  Les cacher les rendent-ils moins forts, préparent-ils les jeunes à vivre dans un monde où, qu'on le veuille ou non, cela fait partie de la réalité?  Et à quel âge est-on près à faire face à ces réalités, si on l'est jamais?

Cela va beaucoup plus loin que la question des lectures obligatoires.  Peu importe ce que l'on fera, si un jeune n'a pas d'intérêt pour la lecture, le moindre livre à lire deviendra une corvée et sera par conséquent ennuyeux.  Je me rappelle une amie au secondaire qui comptait le nombre de pages à lire dans chaque lecture et divisait le tout par le temps pour le lire.  Chaque jour, lire quinze pages.  Cela me semble d'un ennui mortel!  Ne pas pouvoir se laisser emporter par l'histoire et zieuter le coin des pages, pressée d'avoir lu son «quota» quotidien.  Rien ne me semblait plus éloigné du plaisir de lire que sa méthode.  Elle n'était pas la seule à le faire d'ailleurs, ce que je trouve terriblement dommage.

Au-delà des variables individuelles, je crois qu'il est très dur de fixer un âge où tel ou tel sujet est abordé.  Cela dépend beaucoup du bagage de chacun, mais aussi de la culture dans laquelle on a été élevée.  Des spécialistes du développement peuvent dire que vers tel ou tel âge, on peut aborder tel sujet, mais cela reste seulement une référence.

Par contre, j'aime bien la phrase de Patrick Senécal: si on lit un livre, c'est qu'on est prêt à le lire.  Je me rappelle avoir lu très jeune Notre-Dame de Paris de Victor Hugo.  Je suis sûre que je n'ai pas tout compris du livre.  La profondeur des sentiments qui y étaient déployés n'étaient pas au niveau d'une élève du primaire.  Mais le livre a laissé une trace sur moi et plus tard, en y repensant, j'ai compris beaucoup de choses.  Ce n'est pas tant l'instant de la lecture qui a compté que le fait d'avoir lu le livre.  J'ai aussi lu certains livres que ma mère ne voulaient pas que je lise à un âge précoce et ça n'a pas eu d'influence sur la suite.  Par contre, j'ai aussi été traumatisée à une occasion.  J'avais seize ans et j'avais déjà lu pas mal de faits vécus, genre L'alliance de la brebis, Jamais sans ma fille et autres histoires de torture, violence, viol et tutti quanti.  Sauf qu'en lisant un extrait de la biographie de Waris Dirie racontant son excision, j'ai badtripper.  Pourquoi cette scène-là en particulier?  Je ne sais pas.  Mais elle m'a hantée pendant des mois, des années même.  J'ai été traumatisée par cette scène.  J'étais presque adulte pourtant.  Qu'est-ce que cela aurait été si je l'avais lu plus jeune?  Aucune idée.  Étais-je prête à faire face à cette lecture, au thème dont elle parlait?  Quelque chose me dit que j'y aurais été confrontée tôt ou tard.  Ça s'est fait à ce moment-là, voilà tout.

Je comprends que l'on veuille protéger les enfants, vraiment.  Cependant, je crois que ceux-ci, malgré nos meilleurs intentions, auront tendance à aller chercher les informations dont ils ont besoin.  La vie se charge de guider leurs lectures.  C'est à nous, adultes, de travailler avec eux pour éviter les traumatismes et leur permettre de mieux appréhender le monde dans lequel ils vont un jour s'envoler de leurs propres ailes.

@+ Mariane

5 commentaires:

  1. Est-ce qu'on devrait interdire certains livres aux jeunes? Non. Comme tu dis, on ne sait pas ce que chaque jeune, individuellement, est prêt à lire et à affronter.

    Par contre, quand on impose une lecture à toute une classe, faut y aller, d'après moi, soit avec quelque chose de pas trop explicite (histoire de ne pas traumatiser ceux qui ne sont pas rendus là), soit avec quelque chose de dur, mais appuyé auparavant par une solide discussion.

    Et là, venez pas me parler de nivellement par le bas : c'est pas parce qu'un bouquin ne contient ni sexe, ni violence, ni autres trucs explicites qu'il ne peut pas être de la bonne littérature. Et c'est pas parce que c'est de la bonne littérature que ça doit être plate. "Griffintown" de Marie-Hélène Poitras, tiens, je verrais bien ça en secondaire 4.

    Pour exemple, j'ai déjà vu un prof de secondaire 5 faire lire "Un dimanche à la piscine à Kigali" à sa classe. Ça bûche ce bouquin. Mais les jeunes, même secoués, ont adoré.

    Par contre, une prof de secondaire 2 a fait lire "La peau blanche" de Joël à sa classe. C'était beaucoup trop tôt. Ça parlait de sexe, les élèves n'y étaient pas prêts, les parents ont chialé, il était impossible de justifier cette lecture en disant que "c'est une certaine réalité" (puisque c'est du fantastique!). Bref, erreur de jugement de la prof, qui s'était fiée au nom de l'auteur et à l'épaisseur du bouquin. Elle aurait dû faire lire "Le mystère des sylvaneaux", mais elle l'a jugé trop long!

    Les profs ont la tâche ingrate de faire découvrir la littérature, à des élèves qui ne sont pas tous rendus à la même place côté "sens de la vie". Faut trouver le juste milieu entre leur faire lire quelque chose de trop classique et plate, ou leur faire lire quelque chose de trop raide pour eux.

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  2. Ce que nous livrent les média est encore pire ! Même le dessins animés japonais sont d'une violence extrême. C'est en rapport avec leur civilisation qui l'a toujours été. Cela dit, il est possible de les avertir avant la lecture...

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  3. J'ajouterais aussi que les commissions scolaires devraient éviter de laisser les parents décider des contenus pédagogiques, mais bon, on est pas rendus là...

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  4. En secondaire 5, on avait eu 2 lectures obligatoires, soit Le Survenant ainsi que Des souris et des hommes. Mais en plus, on avait une liste de différents livres qu'on pouvait choisir. On en avait 5 en tout à lire si je me souviens. Donc ici, les élèves lisaient ce qu'ils leurs plaisaient bien. Moi je choisissais les grosses briques et ça m'a permis de découvrir John Irving

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  5. @Gen, je ne voulais pas aborder la question des lectures obligatoires justement parce que je savais que le sujet risquait d'être enflammé... Hihihi! Un autre billet à venir sur le sujet, garde quelques arguments pour ce moment-là ;)

    @Jeanmi, oui, mais on est pas obligé de regarder des mangas par exemple. C'est là qu'est la différence.

    @Gaby, ça reste la meilleure option à mon avis: laisser le choix entre quelques titres. Par contre, les profs aiment moins parce que ça leur fournit un surcroît de travail et une gestion des travaux à remettre plus complexe.

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