mercredi 2 avril 2014

Penser notre territoire

Salut!

Moi mes souliers ont beaucoup voyagé! chantait Félix Leclerc.  Je peux dire la même chose depuis quelques mois en parlant de mes pneus.  Car ils ont beaucoup voyagé!  Je peux le dire, notre Québec est magnifique.  On y trouve de tout: des grands espaces, beaucoup de nature, de belles villes, petites et grandes et des gens.  La plupart du temps chaleureux, parfois cons, surtout s'ils sont derrière un volant!  Peu importe, je fais des conneries au volant moi aussi!  Je suis allée l'autre jour à Sainte-Anne-de-Beaupré.  Le paysage y est, comme partout où le fleuve se trouve, magnifique.

Ok, désolé, les fils électriques gâchent un peu la vue...

Quand il y a de l'eau, de l'eau qui bouge, je suis toujours fascinée.  Même gelés, les cours d'eau du Québec m'hypnotisent.  Parce que toute cette eau qui bouge, c'est une carte sur lequel aucune écriture ne tient.  On a beau avoir mis des ponts dessus pour les traverser, emprisonné leurs berges, changé leurs cours, nos rivières et notre fleuve restent, tendant leur fil bleu sur le paysage.  Un paysage qui a bien changé depuis, mais c'est sur ces rivières et ce fleuve que nos ancêtres, amérindiens, français, anglais, et de bien d'autres origines sont venus de partout sur cette belle planète pour venir vivre ici.  Avant l'invention de l'avion, le fleuve St-Laurent était la porte d'entrée obligée du continent.

La terre que l'on habite façonne notre vision du monde.  Je me faisais cette réflexion en regardant le fleuve.   Alors, sont surgis dans ma tête les mots de Félix-Antoine Savard, dans Menaud, maître-draveur.  Je n'ai pas retrouvé la citation exacte, mais ils parlaient d'un peuple fier, vivant sur une terre pleine de promesses.  De dures journées de travail, de forêts, de lacs, d'un territoire à explorer et à découvrir.  Ok, je sais, le livre était profondément nationaliste et même à tendance nationalico-religieuse, mais tout de même, je l'avais bien aimé.

Pour moi, c'est ça le Québec.  Un peuple fier, sur une terre dure, mais pleine de promesses.  On a de durs hivers (particulièrement cette année!), mais de l'espace, de la nature, autour de nous.  Je plains les gens qui n'ont jamais senti l'odeur des épinettes fraîchement coupées ou entendu le murmure d'un ruisseau sauvage.  Notre province ne se limite pas aux rues du centre-ville de Montréal.  Des millions de gens ne vivent pas dans ses rues, ses magasins et sa riche vie culturelle.  Ils la connaissent par la télévision, par le cinéma, par les journaux aussi parfois.  L'un et l'autre ne s'oppose pas, ils ont besoin l'un de l'autre.  Par contre, je me sens plus proche, de par mes racines, de ce Québec un peu sauvage, mal dompté, rustre dans sa nature, mais élégant dans sa beauté.  Ce Québec que savaient si bien nous rendre les écrivains du terroir.

Les écrivains sont les artisans de la mémoire collective.  Ce sont eux qui, les premiers, voient au-delà des roches, de la terre, des arbres et des mouches noires.  Ils voient la poésie, le coeur et l'âme d'un peuple avant de l'écrire.  Le Québec a beaucoup changé depuis l'époque des Félix-Antoine Savard, Germaine Guèvremont et autres Ringuet.  Le curé n'est plus un personnage important de nos romans, la colonisation a cédé la place à d'autres thèmes, l'anglais n'est plus nécessairement l'ennemi, les immigrants nous poussent à revoir notre vision du monde.  C'est de ce nouveau melting-pot dont nous parlent les romans d'aujourd'hui.  Les écrivains continuent, lettre après lettre, Livre après livre, à nous aider à construire notre conscience collective, la conscience de ce que nous sommes.  Canadiens, Québécois, peu importe les étiquettes, nous sommes capable de nous, de nous sentir inclusif.  De rire des aventures d'une grosse dame sur la rue Fabre autant que des péripéties des habitants d'Arvida.  La littérature, populaire ou non, nous crée.  D'où son importance, celle de la protéger, d'y croire et d'encourager nos auteurs.

@+ Mariane

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