mercredi 12 mars 2014

Fragments d'un instant: Sur le sol

Cet arbre a les racines près du sol, pas au-dessus.  Comme rentré dans l'herbe, comme lançant ses racines à l'assaut.  De qui, de quoi?  Va savoir!  Elles sortent à peine de terre, veines grises affleurant le sol.  Courant comme une toile d'araignée autour de son tronc.  Trace fendant le sol, le marquant.  Comme les veines bleus des vieillards sur leur peau parcheminé.  La peau de ces racines est un tapis d'herbe coupé ras, entourant chacune des bandes grises d'un festoyant vert plein de vie.  Ce ne sont que les racines de cet arbre qui sont étranges.  Pour le reste, c'est un arbre bien ordinaire.  Ses feuilles affleurent le ciel, encore vertes, mais pas pour longtemps.  Son écorce est d'un gris tirant sur le brun, craquelée comme un vieux parchemin.  La couleur d'un tronc qui a vu de nombreux hivers et autant d'été.  Érable?  Non.  Dur à dire, je ne suis pas experte dans ce domaine.  Je sais juste que là, dans la lumière du soleil couchant, cet arbre semble porter une aura.  Comme un mystère.  Comme un arbre que l'on pourrait trouver dans un film à l'ambiance sinistre.  Je dirais plutôt qu'il s'attache à la terre de toute la force de ses racines, parce que rien d'autre ne l'y rattache.

9 décembre 2013

Deux traces parallèles, sur le sol.  Deux sillons qui mènent à l'infini, fait de reflets de diamants dans le soleil.  Ce sont des gouttes d'eau.  À distance, on ne dirait pas.  On penserait plutôt que le sol est couvert de joyaux irisés qui scintillent et blessent le regard par ses reflets.  Viens une voiture, qui coupe le champ étincelant.  Quelques instants seulement.  Ses pneus sales ont laissé une traînée grisâtre, qui tranche sur le reste du bitume où miroite toujours le soleil.  C'est comme ça sur la route, un instant, on dirait  une merveille et l'autre, tout est sale.  L'eau et le sable mêlés forment la boue.  C'est uniquement lorsque tout est calme que le soleil s'en mêle et transforme en beauté ce qui autrement n'est que saleté.  

26 décembre 2013

Des toiles d'araignées, des dessins grotesques, des traces noires sur la blancheur du sol.  Que veulent dire ces messages éphémères tracées par les roues des voitures sur la neige fraîche? Rien du tout?  Sans doute.  Pourtant, il me semble parfois y voir quelque hiéroglyphe, quelque message secret, quelque code, destiné à des êtres célestes moins qu'à de vulgaires satellites.  C'est sans doute mon imagination qui me joue des tours, mais en voyant toutes ces traces, parfois, je ne peux m'empêcher de penser aux immense glyphes de Nazca, couvrant des kilomètres de désert.  Là aussi, du sol, on ne distingue rien.  Il faut s'élever pour comprendre le message.  Si on les regardait du ciel, les cours enneigées fréquemment utilisées nous raconteraient sans doute d'étranges histoires.  Si on savait les voir.  

4 février 2014

Deux traces parallèles.  Deux traces côte-à-côte, toujours à égale distance.  Que ce soit dans la neige fraîchement tombée, dans la poussière d'une route menant à la ruée vers l'or, dans la boue d'un chemin de campagne, ou simplement deux traces sans fin tracées par le passage sans fin par le passage infini de véhicules.  Toujours deux traces, deux lignes droites.  Ce sont des traces de passages.  Des traces de voitures le plus souvent, autrefois de carrioles.  On n'y songe pas, mais ces traces sont des éternelles solitaires.  Qui a-t-il de plus triste de savoir que jamais, au grand jamais, ces deux traces, faites par des milliers de pneus, ne se rencontrerons jamais?

8 mars 2014

3 commentaires:

  1. Ah ah, la Prospéryne aiguiserait-elle sa plume?
    Si oui, c'est réussi, belles captures d'instants. :)

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    1. Merci Gen! Oui, j'essaie de me pratiquer un petit peu avec des textes courts. Je me suis dit que ce serait une bonne idée de les mettre ici :) En tout cas, merci du compliment, ça me fait chaud au coeur! :)

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  2. Magnifique, Mariane.
    Je suis fier que tu aies le cran de poster tes croquis littéraires.
    Continues, toujours, tout le temps, sans arrêt...

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