lundi 10 mars 2014

Donc, si je résume...

Salut!

L'autre jour, je discutais avec une auteure qui me disait à quel point elle appréciait que des libraires soient capables de vendre ses livres parce qu'elle-même trouvait cela difficile.

-Quand je vais dans un salon du livre, juste l'idée de devoir résumer mon livre, c'est l'enfer!

Mes oreilles étaient grandes ouvertes pour la suite.

-Pour moi, mon livre, c'est un tout, j'ai du mal à couper dans les détails pour le raconter en bref!

Intérieurement, j'ai souri.  Pour un libraire, savoir résumer une histoire en quelques brèves phrases est l'une des clés du métier.  Les clients n'ont pas des heures à nous consacrer après tout!  Ils veulent avoir une idée de quoi parle le livre, mais sans se le faire raconter au complet.  D'ailleurs, je me suis fait à quelques reprises couper le sifflet parce que j'en disais trop!  Il faut savoir raconter l'histoire en surface, mais pas seulement.  Si ce n'était que ça, ce serait facile!

Résumer un livre, c'est à la fois raconter l'histoire et donner envie de le lire.  Et ça, en direct, avec quelqu'un devant soi.  Il faut savoir choisir les mots, surveiller les réactions de la personne devant nous et savoir s'adapter.  Ainsi, on ne résumera pas exactement de la même façon un livre pour un homme que pour une femme.  L'essentiel sera là, mais il y aura des différences, subtiles, mais réelles.  Même chose pour l'âge ou encore, si on s'adresse à une personne qui lit beaucoup (ici, mettre des références à d'autres livres!) ou qui lit peu.  Ou encore à une personne qui cherche un livre pour quelqu'un d'autres qu'elle-même.

Si on dit, résumé neutre:
Dans un quartier ouvrier de Montréal, aux premiers jours de la Deuxième Guerre mondiale, une jeune femme, pauvre et soutien de famille à cause d'un père de famille incapable de prendre ses responsabilité, tombe amoureuse d'un jeune homme ambitieux.  Celui-ci poursuit des études d'ingénieur par correspondance et cherche lui aussi à échapper à sa condition ouvrière.  Un autre jeune homme, plus privilégié, tombe aussi amoureux de la même jeune femme, mais sans que cela soit réciproque.

Par exemple, si je résume un livre pour une femme (Au sens large!):

«Ce livre parle d'une femme dans un quartier ouvrier de Montréal dans les années 40.  Elle vit dans la pauvreté et voudrait s'en sortir, mais elle tombe amoureuse du mauvais gars qui la plante là pour poursuivre sa carrière.»

Pour un lecteur aguerri:
«L'histoire se passe dans le quartier St-Henri à Montréal en pleine Deuxième Guerre mondiale.  Une jeune femme, soutien de famille, cherche à se sortir de la pauvreté par un bon mariage, mais elle tombe sur un gars qui pense avant tout à s'élever lui-même dans la hiérarchie sociale et dont elle va tomber amoureuse.»

Pour un homme (Au sens large encore!)
«Ce sont deux hommes dans le Montréal ouvrier des années 40, l'un d'entre eux est relativement à l'aise et l'autre très pauvre, mais ambitieux.  Ils tombent tous les deux amoureux de la même femme qui cherche à se sortir de la pauvreté par le mariage.»

Le livre dans les cas?  Bonheur d'occasion de Gabrielle Roy.

Les clés sont les mêmes dans tous les cas: une jeune femme (personnage principal) qui vit à Montréal (situation géographique) dans un quartier ouvrier (situation sociale et économique) et cherche à se sortir de la pauvreté (but) par le mariage (moyen).  C'est la base de l'histoire, le squelette.  Le reste des éléments font partie de l'histoire bien sûr, mais c'est au lecteur de les découvrir.  Parce qu'il y aura toujours une étincelle, une partie de l'histoire qui accrochera toujours plus le lecteur dans le résumé que l'on fera.  Le reste, ce n'est pas nécessaire d'en parler à ce stade-ci; ça fait partie des joies de la lecture que de le découvrir par soi-même!

Attention, ici, je ne parle pas de vendre un livre à gros traits peu importe ce qu'il est sans prendre le temps de savoir s'il colle au lecteur auquel on l'offre.  J'ai déjà dit à un client de ne pas prendre tel ou tel livre parce qu'après discussion, je me rendais compte que cela ne conviendrait pas pour lui.  Ok, une histoire d'amour peut paraître universelle, mais il y a une différence si c'est Sylvia Day ou Nancy Huston qui l'écrit!  Le résumé aurait alors été plus ou moins le même, mais le rendu à la lecture très différent.

Résumer est un art en soi.  Quand je pense résumé, je pense encore à ma prof d'histoire du Canada avant la Confédération qui nous disait sans arrêt: «Mettez un mot par paragraphe, pas plus.  Vous devez saisir en un mot ce qu'il dit, l'idée de base, sans ça, vous en mettez trop!».  J'ai pesté contre elle à l'époque, mais elle avait raison: la base du résumé, c'est de saisir de quoi le livre parle.  Il faut alors aller vers des images fortes et des mots marquants.  Le résumé n'est pas l'endroit idéal pour les idées subtiles.

Pour un libraire, résumer un livre est une invitation, une porte ouverte vers un livre.  Il faut en dire assez, mais pas trop, parce que le but, c'est de pousser une personne à plonger vers les pages d'un nouvel univers.

@+ Mariane

3 commentaires:

  1. Très utile, ce billet! Résumer est tout un art à développer. À la Téluq j'ai déjà suivi un cours (obligatoire dans mon programme) sur l'organisation de la pensée qui passait par de multiples exercices de synthèse et d'extraction des idées principales de textes. J'ai été agréablement surprise de ce que j'ai appris. Un must pour un auteur, quoi qu'on en dise.

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    1. Savoir résumé est en effet un art! Ça semble très intéressant ce cours que tu as suivi. Je vais me renseigner, la Téluq après tout, c'est par correspondance! ;)

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  2. Wow,effectivement très utile! Je ne sais effectivement pas comment faire un résumé! On veut tout dire à la fois!

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