lundi 31 mars 2014

S'inspirer sans vouloir être

Salut!

Récemment, à la sortie du film Enemy de Denis Villeneuve, j'ai remarqué combien de gens soulignaient que le film était issu du roman de José Saramago, L'autre comme moi.  Attention, l'expression utilisée n'était pas adaptation.  Le film était clairement mentionné comme: «[...] une interprétation libre et solidement maîtrisé* [...]» du roman.  On avait pris une oeuvre littéraire et on l'avait traduit dans un tout autre langage, celui du cinéma.  À cette occasion, on avait changé tout plein de petits détails qui rendaient le tout différent.  Le film est une oeuvre en soi, même si à la base, il raconte la même histoire que le livre.  Il s'en inspire, lui rend hommage, sans prétendre à vouloir l'être.

Un collègue me faisait dernièrement une réflexion:

-J'aime pas les films de Marvels.

(Ok, j'avoue, moi j'adore ces films, c'est une excellente détente qui permet de tout oublier l'espace d'une soirée!)

-Hein!  Pourquoi???, que je demande, toute surprise.

-Ah, ça ressemble trop au livre...

Ze???  Quoi?  Bien la première fois que quelqu'un me dit ça.  Habituellement, on se perd plutôt en critiques pour dire que le film ne ressemble pas assez au livre.  Mais il y a quelque chose de vraiment pas fou dans ce commentaire.  Le cinéma et la littérature sont deux arts qui utilisent des codes complètement différents pour communiquer.  Ne mériteraient-ils pas d'être reconnus comme deux oeuvres entièrement à part?  Un film qui ressemblerait trop au livre serait décevant comme film.  De même, un roman écrit pour être adapté au cinéma serait décevant pour le lecteur.

Clou que l'on enfonce souvent que celui des adaptations de livres au cinéma.  On a beau pester contre eux, on va quand même très souvent voir le film.  Comme si on voulait confronter notre vision du livre avec celle du cinéaste et des acteurs.  Si on est foncièrement déçu la plupart du temps, c'est parce que celle-ci n'est pas semblable à ce que l'on avait imaginé.  Ou encore, qu'il y manque LA scène que l'on aurait voulu y voir (j'en veux encore à Chris Colombus de ne pas avoir mis la scène de dégnomage du jardin dans le deuxième Harry Potter).  On cherche la même histoire.  Mais pourquoi?  Si on la connais déjà, où est la surprise?

Certes, le marketing joue un grand rôle.  On table énormément sur les fans du livre pour mousser le film.  On veut faire croire que l'un sera comme l'autre.  Les amateurs de littérature ne s'y laisseront pas prendre, mais combien de non-lecteurs se diront que ça ne sert à rien de lire le livre parce qu'ils ont vu le film?  Je n'ai rien contre les adaptations si on dit qu'on s'inspire d'une autre oeuvre.  Au contraire, ça peut être très intéressant.  Le dernier film de Stanley Kubrick, Eyes wide shut était parfaitement dans cette ligne.  Ce qui me choque, c'est de laisser croire que l'un et l'autre sont pareils.  Jamais un scénariste ne voudra refaire exactement pareil au cinéma me disait un ami.  C'est vrai.  On peut tirer une excellent oeuvre cinématographique d'un livre, si on sait faire la différence entre la littérature et le cinéma.  Je sais, je suis une puriste.  Ou plutôt disons que j'aime trop la littérature et le cinéma en tant que tel pour accepter le mauvais mélange des genres.

@+ Mariane

* Le Droit, 15 mars 2014

2 commentaires:

  1. Euh... Pour avoir lu beaucoup de BD de Marvel, je vois pas comment ton ami pourrait trouver que les films ressemblent aux BD... Surtout sachant que les BD ne se ressemblent pas toutes entre elles et que certains personnages ont des origines très différentes selon les BD. Drôle de remarque.

    Cela dit, en effet, le cinéma et le livre devraient être deux œuvres distinctes.

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    1. Hihihi... On s'expliquera sur les films inspirés de Marvel une autre fois Gen. ;)

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