lundi 23 mai 2011

Parlez-moi de livres...

Salut!

Je repense encore à tout un tas de trucs que j'ai vu au Congrès Boréal.  C'est dire combien j'ai aimé l'événement!  Mais il y a aussi une chose que j'ai compris en participant aux ateliers et en les trouvant trippant: on y parlait de livres, de lectures, de littératures.  Normal me direz-vous?  Sans doute, mais ça a été fait par des passionnées de bouquins.  Et j'ai compris à ce moment-là ce qui m'a presque toujours dérangé dans les discussions avec les auteurs que j'ai souvent vu à la télé et entendu à la radio.  Quelque chose de tout simple: on y parle pas de livres.

Ok, Prospé, dans quelle direction vas-tu nous emmener cette fois?  C'est bizarre, parce que pour moi, c'est l'évidence, une émission qui parle de littérature devrait parler... des livres!  Mais le hic, c'est que je suis souvent sortir déçue de l'écoute de telles émissions.  Ou même de certains événements littéraires.  Et je n'arrivais pas à mettre le doigt sur ce qui me dérangeait là-dedans. Et là, en plein milieu de l'atelier sur la littérature et l'érotisme, les trois panélistes se mettent à parler d'une auteure totalement inconnue pour moi, Gabrielle Wittkop dont je n'avais jamais entendu parler ni d'Adam ni d'Ève et en les écoutant parler, je me suis dit, c'est ÇA!  C'était ÇA qui me dérangeait dans les discussions savantes et même parfois obséquieuses des émissions littéraires: ils ne parlent pas de littérature.  On n'y parle pas d'écritures, de ce qui nous as dérangé, fait vibrer, des passages qui nous ont émerveillés par leur style, de comment on est fasciné par la façon dont a une personne de choisir les mots et de les placer dans une phase, un paragraphe, un texte pour en faire sortir quelque chose de plus grand que nature.  C'est ainsi.  Notez bien que le sujet de l'atelier n'a eu absolument aucun rapport avec cette révélation, et que je ne suis pas sûre d'avoir un jour envie de lire Gabrielle Wittkop non plus, ses textes ont l'air un peu trop morbide pour moi, mais n'empêche, la façon dont on en a parlé me donne envie d'essayer.  J'ai bien dit ENVIE d'ESSAYER.  Pas que j'allais le faire.  Parce que moi et les cadavre...  Yeurk!

En fait, cet atelier m'a surtout permis de comprendre pourquoi j'avais autant trippé sur le Combat des livres à la SRC.  Parce qu'on y parlait de livres.  On y parlait de bouquins, de mots, de textes, d'auteurs, d'écriture, de style, de voix, d'histoire et surtout, on en parlait avec passion, on y mettait du coeur, ce n'était pas tranquille.  Le livre n'a jamais été pour moi un objet tranquille.  Un livre, c'est vivant, ça peut être palpitant, excitant, déplaisant, émoustillant, dérangeant, endormant, énervant, enrageant, fatiguant, mais dans tout les cas, ce n'est JAMAIS tranquille!  On a beau être assis quand on lit, notre esprit lui, est en plein éveil, il utilise toutes ses capacités.  Notre corps ne se déplace pas, mais il n'est pas inerte pour autant, il se tend au récit de la bataille, il bat des paupières quand nos yeux se remplissent de larmes, il pousse des exclamations quand un méchant se trouve sur le chemin de notre héros livresque et j'en passe.  Et quand on se relève de notre divan, de notre fauteuil ou de notre chaise de bibliothèque, rare sont ceux qui n'ont pas envie de parler à quelqu'un de ce qu'ils ont lu.  Parce que même si la lecture en elle-même, la plongée dans le texte, est une activité solitaire, le lecteur n'est pas un individu isolé.  Il adore bavarder de livres avec d'autres, quitte à emmerder royalement les rares auditeurs qui ne partagent pas ses goûts mais qui ont la patience de l'écouter.  Vraiment.  J'en connais quelque chose ayant moi-même été une de ses personnes.  (D'ailleurs, mon ex-belle-soeur m'a souvent accusée de lui enlever l'envie de lire parce que je lui racontait toujours la fin des livres.  Oups!)

Alors, quand je disais parlez-moi de livres, je veux dire, parlez-moi de littérature.  J'en aie un peu marre d'entendre demander à des auteurs comment est venue l'idée du livre, comment ils se sont sentis durant le processus d'écriture et tout ça dit d'un ton calme, élégant, raffiné... ronflant.  Il n'y a pas de passion dans ces entrevues.  Rien de trippant, de dérangeant, c'est... plate.  Et si on pense au peu de tribunes qu'on les auteurs d'ici, s'en est d'autant plus dommage.  J'ai déjà entendu dire que les auteurs n'étaient pas les meilleures personnes pour parler de leurs livres.  C'est on ne peut plus vrai dans bien des cas, pas tous, mais plusieurs, car honnêtement, qui ne serait pas intimidé après des mois, parfois même des années à écrire seul dans son coin de se retrouver devant un micro sachant que des milliers d'inconnus sont à l'écoute?  La parole et l'écrit sont deux moyens de communication très différents.  Alors, pour parler des livres, qui de mieux que les lecteurs?  Après tout, ce sont eux que l'on veut convaincre de lire le livre!  Et c'est eux qui ont fait face à l'oeuvre, qui sont capable le mieux de la comparer à d'autres, de la décortiquer, la savourer.  La faire partager.  C'est mon avis, je peux faire erreur, mais n'empêche, vous ne l'aimez pas mon idée?

Je me pose d'autant plus la question que cet automne, j'ai fait des chroniques littéraires à l'antenne de la télévision communautaire de ma ville.  Et je me pose aujourd'hui la question: est-ce que je faisais la bonne chose?  De la bonne façon?  Est-ce que je donnais envie de lire aux gens?  Je crois que oui, mais c'est tellement subjectif d'évaluer son propre travail!  Je me fais souvent dire, hé! on ne te voit plus à la télé!, mais est-ce que ça répondait aux besoins des gens?  Je ne sais pas.  Je ne peux que me contenter d'espérer!

@+ Prospéryne

4 commentaires:

  1. Ah, que je vais relire ce billet, juste pour me faire du bien. Vous devriez envoyer ce billet à tous les médias. Je n'en peux plus de ce potinage quand un animateur ou une animatrice fait parler l'auteur de sa vie, de n'importe quoi et deux minutes à la fin, quelques mots à peine sur son livre. Il paraît que c'est ce que veulent savoir les auditeurs-spectateurs. Six dans la cité n'était pas trop mal en ce sens et encore, de toute façon, l'émission n'existe plus.

    Quant à parler de livres dans nos salons, c'est le dernier sujet après le sport, la politique, la recette du repas, la santé, la météo (que j'aurais dû mettre en premier). Il est vrai que je suis souvent la dernière à parler de mes lectures (parler pour vrai je veux dire), parce que c'est parler d'amour, parler sentiments, ce que je ressens, c'est avouer que je peux aimer plus un personnage qu'une vraie personne, c'est révéler mon intimité, me rendre vulnérable, alors pas facile à dire, pas n'importe qui à qui je veux le dire.

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  2. @ClaudeL, tu saisis exactement mon sentiment quand tu parles de l'animateur qui pose un paquet de question à l'auteur sur tout, sauf sur son livre... J'ai comme toi tellement entendu parler de ça, qu'au fond, je n'en peux plus! Et les conversations sur les livres ne sont pas légions non plus dans les salons comme tu le dis si bien. Bon, personnellement, j'aime tellement ça que j'endors parfois mes amis à force d'en parler, mais je sais que ce n'est pas le cas de tout le monde. Que c'est parfois dur d'avoir une conversation sur un livre, qu'il nous ait plu ou non. C'est pour ça que j'adore Internet, il m'a permis de rencontrer des gens qui sont comme moi des passionnés de bouquins et de pouvoir échanger. Cela ne règle pas le problème des médias, mais ça aide à entretenir la flamme de la passion de la littérature en moi et j'avoue honnêtement que c'est quelque chose sans lequel je ne pourrais pas vivre.

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  3. Il ne faudrait pas que je demeure près de ta librairie, je t'accaparerais probablement au point que les autres clients (ou ton patron) nous regarderaient de travers.

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  4. hihihi! J'ai la chance d'avoir un patron assez tolérant, tant que tu ne me prends pas plus d'une demie-heure à la fois, il ne dit rien ;)

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