jeudi 21 avril 2011

L'homme blanc de Perrine Leblanc

L'homme blanc  Perrine Leblanc  Collection Polygraphe  Le Quartenier  171 pages



Résumé:
Kolia est né en 1937, au Goulag.  Il n'a rien fait d'autre pour naître là que d'avoir commis le crime d'avoir une mère victime des purges.  Enfant de l'Union soviétique, il va grandir dans cet étrange milieu où il sera pris sous l'aile de Iossif, Suisse arrivé là un peu par hasard, qui lui apprendra les règles de base de la survie dans cet univers cruel.  Après des années, il est autorisé à quitter le goulag et par une suite de hasard, se retrouve à Moscou, puis par chance, au Cirque où il devient clown, cet homme blanc, pierrot silencieux dont les expressions faciales et les numéros de vol à la tire font fureur auprès du public.

Critique:
Ce récit, c'est le récit tout simple de la vie d'un homme, d'un homme qui ne cherche pas à comprendre pourquoi il existe, pourquoi il est au monde et pourquoi il lui arrive ce qui lui arrive.  Il vit tout simplement, et profite de toutes les occasions que la vie lui offre.  L'auteure décrit une existence dans ce système étatique remarquablement bien organisé qu'était l'état soviétique, de l'intérieur, vu par l'un de ses témoins anonyme de l'histoire qui en a le plus souffert sans jamais s'en rendre compte.  L'absence de comparaison pèse lourd ici, Kolia ne sait pas ce dont il a été privé et ne se dit donc pas qu'il a manqué de quelque chose.  Et lorsqu'il sort du Goulag, il continue simplement à vivre, à faire un pas devant l'autre, sans s'interroger, sans réclamer, mais sans non plus oublier les précieuses leçons des camps.  On est dans le système communiste, mais sans mettre l'accent sur la répression, on montre juste l'impact de celui-ci sur la vie des gens, l'apparatchik à qui on doit graisser la patte ou donner un verre pour avoir la paix, le silence à respecter, tout ça, mais sans jamais le dénoncer ou le juger.  Kolia s'adapte, les choses sont ainsi, il n'essaie pas de changer le monde, il s'y fait.  D'un côté, c'est un survivant, de l'autre un idiot, pas assez conscient pour comprendre ce qui se passe autour de lui, érigeant ce manque de compréhension comme une protection.  L'écriture de Perrine Leblanc est d'une remarquable sobriété, jamais de pathos, jamais de sentimentalisme.  Elle décrit ce qui se passe avec un talent fou pour trouver les mots et les phrases qui font mouche sans en avoir l'air.  Tellement qu'on aurait pu croire cette écriture simpliste si ce n'est ce ces phrases, ici et là, qui transpercent le texte et font voir un immense talent.  Un livre complètement fait de ces phases?  Ça aurait été un échec.  Non, elles sont saupoudrées comme ça, ici et là.  Elle sont magnifiques, comme cachées dans l'écrin de l'histoire qui leur permettent de s'épanouir.  Perrine Leblanc a ce don (que je lui fait partager avec Jean-Christophe Rufin) de toucher au coeur de l'émotion comme par hasard, de nous emmener là où elle veut nous emmener et pourtant, nous laisser l'impression que ce n'était pas voulu, que c'est arrivé comme ça, sans qu'elle l'aie recherché.  La marque des auteurs de talent.  Une magnifique réussite.

Ma note: 4.5/5

P.S. Ce livre sera publié dans la collection Blanche de Gallimard à l'automne 2011.  Il a remporté le Grand prix du livre de Montréal 2010 et le Combat des livres 2011, alors qu'il était défendu par Geneviève Guérard.

Je remercie Diffusion Dimédia et plus particulièrement Isabelle pour ce service de presse.

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