lundi 29 septembre 2014

Se faire confiance

Salut!

Une libraire m'a lancé l'autre jour:

-Les gens ne se font plus confiance!

-Ah oui?

-Non et c'est malheureux.

Et de m'expliquer que maintenant, les gens ne prennent plus le temps de bouquiner.  Certes, il y en a, mais ce n'est pas ce que fait la majorité.  Ils entrent en librairie avec leur ti-papier parce que tel journaliste a parlé de tel livre dans telle émission, donc ils vont le lire.  Les gens ne cherchent plus, ils ne se font plus confiance pour prendre un risque par eux-mêmes.  C'est terriblement triste.  J'avais constaté la même chose lorsque j'étais libraire.

Il faut le dire, bouquiner signifie deux choses: de un, prendre le temps.  Bouquiner à la va-vite, ça se fait plus ou moins.  Il faut pouvoir prendre le temps de regarder, de faire le tour des rayons, de se laisser tenter par les différents bouquins, de lire des quatrième de couvertures.  Il faut aussi accepter un certain risque, parce qu'un livre qu'on achète, on ne l'aimera pas nécessairement.  C'est comme un billet de cinéma, mais en un peu plus cher.  Il faut savoir se laisser tenter, en sachant que le succès ne sera peut-être pas au rendez-vous.

Prendre le risque, c'est accepter de se tromper.  Quand un livre nous a été recommandé par un autre, on peut toujours lui lancer la pierre pour ce mauvais choix.  Quand on choisit soi-même, on accepte aussi la responsabilité de prendre quelque chose qu'on n'aimera pas.  Il faut donc apprendre à se faire confiance.  Apprendre aussi à se faire sa propre opinion.  Réapprendre à prendre le risque de plonger dans l'inconnu, dans un livre pour lequel personne n'aura tâté le terrain pour nous, que l'on explorera comme on explore une forêt vierge.

On dirait que dans notre époque où l'on vise avant tout l'efficience, le succès, prendre le risque de se tromper est avant tout vu comme une perte de temps.  Pourquoi prendre le risque?  D'autres ont essayé avant nous et ont dit non, alors pourquoi prendre cette direction?  Parce que les arts, c'est n'est pas une formule mathématique unique qui fonctionne pour tous.  Quelqu'un peut détester un livre et une autre l'aimer... exactement pour les mêmes raisons!  Il faut essayer pour se faire une opinion.  Et parfois ce qui est mainstream n'est pas fait pour nous.  Combien de lecteurs de littérature de genre ont-il déclaré qu'ils n'aimaient pas lire avant de tomber sur ce qui les a fait tripper?  Ou combien auront-ils acheté en vain des livres dont tout le monde leur a dit qu'ils étaient bons pour qu'il leur tombe des mains?

Essayer quelque chose de nouveau, c'est sortir de sa zone de confort, c'est prendre des risques, le premier étant en définitive d'être déçu.  Mais sans risque, la vie n'existe pas.  Essayer quelque chose de nouveau, quelque chose qui n'a été recommandé par personne, aller vers de l'inconnu, c'est se faire confiance et faire confiance à cette petite voix intérieure qui nous guide vers ce qui est le mieux pour nous.

@+ Mariane

2 commentaires:

  1. Amen! C'est vrai que bouquiner sans guide, ce n'est pas un exercice facile, même quand on l'a fait souvent. C'est décourageant parfois de regarder sa pile de bouquins et de se dire que ça va nous coûter 100$ de livres et qu'on n'est pas sûr qu'il y en aura un de bon dans le lot.

    Mais bon, à 15$ le livre en moyenne et en sachant qu'il peut être lu plusieurs fois et par plusieurs personnes, je trouve que ça ne revient pas plus cher que d'aller voir un enième potentiellement-navet hollywoodien au cinéma. ;)

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    1. Et qu'il est bon à vie!

      Sans blague, bouquiner est un plaisir, il faut le prendre comme tel. C'est une recherche par soi-même, pour son propre plaisir. On peut se tromper, mais bon, ça fait partie de la vie ça!

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