mercredi 3 septembre 2014

Quand une porte se ferme, une autre s'ouvre ailleurs, mais que fait-on quand il n'y a pas de portes?

Salut!

Il y a longtemps, alors que j'étais étudiante, j'occupais un emploi dans l'une de ses chaînes qui emploient des étudiants à la douzaine en remplissant grâce à eux leurs soirées de 5 à 9.  L'un de mes directeurs (on ne disait pas gérant!) et moi avons eu la même discussion à plusieurs reprises: l'importance des langues.  Époux d'une fille de l'Ouest canadien, ses enfants s'exprimaient parfaitement en anglais, mais avaient quelques difficultés avec la langue de Molière.  Lors de nos discussions, il mettait l'emphase sur l'importance de maîtriser deux langues.  Moi, je parlais de la porte qu'ouvrait une langue sur un autre univers.  Nos opinions étaient aux opposés: pour lui, une langue était un outil, pour moi, c'était tellement plus.

Je me suis rappelée cet homme lorsque j'ai entendu les paroles malheureuses de notre Ministre de l'Éducation d'il y a quelques jours.  Ses déclarations étaient malheureuse, nombreux sont ceux qui en conviennent, mais ce qui m'a fait encore plus mal ce sont les excuses qui n'en étaient pas qu'il a fait quelques jours plus tard.  De la lecture, il ne semblait retenir que les outils: maîtrise de la langue, capacité à traiter de l'information.  Sans voir, ou sans vouloir voir la porte grande ouverte que constitue la lecture.  Il s'est trouvé bien des gens pour dénoncer sa première déclaration, moi, c'est la deuxième, que j'ai écouté attentivement, seule dans ma voiture, qui m'a le plus marquée.  Certains mots qu'il a prononcé ont alors résonné profondément en moi et m'ont fait mal.  Parce qu'il montrait tout le contraire de ce que l'on peut s'attendre de la part d'un Ministre de l'Éducation: qu'il voit plus loin que le bout de son nez.

Notre Ministre était comme mon ancien directeur: la langue est un outil, point barre.  Faux.  Archi-ultra-hyper-faux.  Une langue n'est jamais neutre.  Elle est fait de ceux qui la parle et de ceux qui l'ont parlé dans le passé, des événements qui les ont marqué, des épreuves qu'ils ont traversé.  Pas pour rien que noter parlé à l'oral est truffé de jurons à consonance religieuse: notre passé a été marqué par l'influence de l'Église catholique, dans ces mots, tout le monde se retrouvait, pour ne donner que cet exemple.  Une langue est porteuse d'une culture, même si elle est mal parlée, même si on la déforme, même si on la maltraite: elle reste vivante parce qu'on l'utilise.  Le pire blasphème envers une langue est de cesser de la parler.  Pas pour rien que l'une des premières mesures pour couper les enfants autochtones de leurs racines a été de leur faire abandonner leur langue à travers le régime des pensionnats.  Par pour rien qu'à travers le monde, de nombreuses cultures minoritaires se battent pour défendre leur langue.  Parce que c'est une porte, une porte grande ouverte, tout simplement.

La lecture est une entrée dans la littérature, une entrée dans un monde.  Quand je lis de la littérature provenant d'ailleurs, que ce soit de l'Amérique du Sud, de l'Allemagne, de la Chine, de partout, j'entre dans la pensée d'un peuple.  La traduction est essentielle pour entrer dans cette intimité, se frotter à ces mots, qui ne sont pas tout à fait les nôtres, pas tout à fait les leurs.  Approximation de la traduction, difficultés de la transmission quand car la langue transporte aussi une culture (penser ici aux innombrables grognements face aux traductions trop franco-française).  On s'identifie à des personnages dans un livre, mais à travers eux, c'est leur culture, leur vision du monde que l'on apprend.  C'est largement plus que de savoir déchiffrer un texte.

Ma mère disait souvent: quand une porte se ferme, une fenêtre s'ouvre ailleurs, plus grande et plus belle, le meilleur s'en vient.  Une phrase tirée de La Mélodie du bonheur.  Elle avait raison: fermer une porte et une autre s'ouvrira.  Seulement, comment peut-on faire quand les gens ne savent même pas qu'il y a une porte?  La lecture est l'une des portes d'entrées à la langue, la plus facile parce que demandant peu de matériel pour être exploitée et capable d'exploiter tant d'avenues.  La réduire à un outil est nier ce qu'elle est au plus profond d'elle-même et même tuer ce qu'elle est.  La maîtrise d'une langue passe aussi par la maîtrise de cette même langue écrite et ça qu'on le veuille ou non, peu importe le support, ça passe par les oeuvres écrites et donc, par la littérature.  Ouvrons donc toute grande cette porte aux jeunes!

@+ Mariane

4 commentaires:

  1. Lors de la première rencontre avec la professeur de mon fils (1ère année) elle nous a clairement expliqué l'importance de la lecture tous les jours dans ses leçons. La lecture, c'est la base de tout.
    D'ailleurs, je me suis inscrite comme parent bénévole pour lire aux jeunes de sa classe.

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  2. Hep, mais les Libéraux se foutent des portes. Eux, ils veulent juste des citoyens-outils.

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    1. Je sais Gen, c'est plus facile de considérer les gens comme des outils que comme des personnes!

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