lundi 18 novembre 2013

Le langage du Capitaine Haddock

Salut!

Savez-vous pourquoi Hergé a affublé son adorable personnage de capitaine au long cours d'un vocabulaire aussi imagé?  Parce qu'à l'origine, Tintin paraissait dans Le Petit Vingtième, supplément jeunesse du Vingtième siècle, journal catholique et conservateur de la Belge.  Hors de question donc d'y voir se glisser le moindre juron!  Surtout dans une publication destinée à la jeunesse!  Pour contourner la difficulté, et garder par ailleurs la cohérence du personnage, Hergé a donc imaginé au coloré Capitaine Haddock toute une floppée de jurons plus farfelus les uns que les autres.  La morale était sauve!

Beaucoup d'auteurs ne se sont pas gêné autant pour faire parler leurs personnages.  Les jurons, dans toutes les langues, ont souvent étalé leurs caractères dans les dialogues d'innombrables personnages.  Notre littérature nationale ne font pas exception.  Je me rappelle encore avec délectation l'énumération précise du nombre de jurons dans le premier roman de la narratrice de Scrapbook faite par sa mère.  Elle y dénombrait précisément le nombre exact de mot en t***, en h*** et en c*** (celui des deux que vous voulez!) dans l'oeuvre de sa fille, ignorant au passage de la complimenter ou non sur celle-ci.  J'en rit encore!

Notre langue orale est truffée de jurons, de sacres et d'expressions auquel on dit aux enfants de ne pas les répéter.  Ça se reflète forcément sur notre littérature nationale.  Si la plupart des auteurs évitent dans leurs textes contractions courantes à l'oral, certaines expressions et autres artifices difficiles à rendre à l'écrit, les jurons bien plantés sont beaucoup plus courants.  Les jurons tiennent lieu de ponctuation à notre langue aurait dit l'un de nos auteurs, pardonnez-moi, je ne me rappelle plus lequel.  Il ne pensait pas si bien dire...

Les jurons et les sacres peuvent tenir lieu de langage à eux seuls.  Ce qui a entre autre donné l'hilarante scène de Bon cop Bad cop où Patrick Huard expliquait à son collègue anglophone les subtilités linguistiques liés à nos gros mots.  Ok, je sais, je sors du domaine littéraire, mais regardez la scène à nouveau m'a fait plaisir!  Quoi?  Moi, je l'ai aimé ce film!  Hihihi!

La littérature du terroir contient relativement peu de jurons.  Les auteurs de celle-ci ne tenaient pas particulièrement à voir leurs oeuvres censurées pour cause de mauvais langage.  D'ailleurs, la majorité d'entre eux venaient d'une élite relativement cultivée où un tel langage n'avait pas sa place.  C'est avec les années 1960 et plus particulièrement avec la pièce-choc, Les Belles-Soeurs de Michel Tremblay qu'elle a acquis ses lettres de noblesse dans notre littérature, en même temps que le reste de la langue orale du Québec.  Depuis, ce langage fleuri, sentant bon la messe et une époque révolue où le curé veillait soigneusement sur ses ouailles, a conquis les pages d'innombrables romans.  Tous n'en font pas autant usage, mais ceux qui le font ne s'en gênent pas.

Entre un bon vieux Tabarnac bien senti et traiter quelqu'un d'Ornithorynque, mettons que personnellement, j'ai fait mon choix! ;)

@+ Mariane

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