jeudi 22 août 2013

Laïka de Nick Abadzis

Laïka  Nicka Abadzis  Dargaud  201 pages


Résumé:
Laïka était une petite chienne des rues de Moscou.  Elle a été attrapée par des responsables de l'hygiène publique et par un pur hasard, s'est retrouvée sur le chemin de scientifiques russes.  De Kroutchev aussi, le secrétaire du Parti communiste, désirant par-dessus tout montrer la supériorité de son pays face aux États-Unis.  Face à une telle pression, face à la volonté des puissants, que peut représenter la vie d'une petite chienne, qui ne demande qu'à être aimée?

Mon avis:
Touchante histoire que celle de Laïka, Koudriavka (Frisette) du nom que ses entraîneurs lui avaient donné à cause de sa queue bouclée.  Cette bande dessinée fait habilement entrer la petite histoire dans la grande, celle d'une petite chienne anonyme, qui mourra célèbre en étant sacrifiée à la gloire de l'Union soviétique, mais aussi celle des scientifiques qui ont participé à la grande aventure de la conquête spatiale dans le même pays, sous le même régime de fer.  Angle de vue peu abordé dans les livres d'histoire, dominé par le point de vue américain dans bien des cas.  Proximité géographique ou importance maniaque du secret dans l'ex-Union soviétique?  Sans doute un mélange des deux.  On y apprend entre autre que le responsable du programme spatial soviétique, Sergueï Korolev, était passé par le Goulag!  Et qu'il ne sera absous des accusations portées contre lui qu'après le lancement de Spoutnik I.  Un autre scientifique important dans le programme, Oleg Gazenko (responsable de l'entraînement des chiennes) est aussi présenté.  La vie de Laïka et la froideur écrasante du système soviétique où le triomphe contre les États-Unis dans la guerre de propagande était le plus important.  Contraste habilement représenté.  La poésie des moments où l'on se glisse dans la tête de Laïka, dans ses rêves, ne fait que mieux ressortir la dureté de la pensée qui anime ceux qui l'entourent.  Une jeune technicienne animale, Yelena, encore jeune, un peu naïve, peu touchée par les purges staliniennes et la dureté acquise par ceux qui l'ont vécue apporte l'élément humain de l'histoire.  On navigue entre les deux extrêmes, la touchante confiance de Laïka et le mécanisme broyeur de la Guerre froide combinée au rigide système soviétique issu du stalinisme, mais tout ceci, entièrement du côté russe.  Des êtres humains, des émotions humaines et canines, face à l'Histoire.  Le tout raconté avec un dessin simple, un crayonné noir, comme dans les livres à colorier pour enfants, avec des aplats de couleurs, le tout pratiquement sans dégradés.  Qui pourtant, par d'habiles petites lignes, et un très bon choix dans les dessins et les plans, permettent à merveilles de faire passer l'émotion des deux histoires racontées en parallèle.  J'ai eu un peu de mal avec les noms russes, surtout que ceux-ci ont tendance à être à rallonge, mais pas avec les traits des personnages.  Je n'ai pas vu de photos des véritables personnages, mais il me semble qu'à travers ses dessins, l'auteur a réussi à trouver la réalité psychologique des personnages.  On les sentait vraiment très très bien.  Une excellente BD à lire, tant pour découvrir l'histoire de ce premier être vivant dans l'espace qu'en elle-même.  La photo de la véritable Laïka avant son odyssée tragique, en toute fin de l'album, n'en est que plus touchante.

Ma note: 4.5/5


4 commentaires:

  1. @Pat, disponible. dans. toutes. les. bonnes. librairies. ;) Tu ne le regretteras pas, je te le jure!

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  2. Je l'ai lue, c'était très émouvant. Beaux personnages (Yelena), et un bon rendu de l'ambiance totalitaire. Et on apprend le vrai nom de Laika, Koudriavka !

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