lundi 9 juillet 2018

Le mythe de l'homme d'affaire

Salut à tous!

Petite constatation: j'ai récemment vu la série Iron Fist sur Netflix (bof, bof!), mettant en vedette un xième héros de bande dessinée issu de l'univers Marvel.  Celui-ci, Danny Rand, est l'héritier d'un empire financier valant des milliards de dollars, rentrant au bercail après avoir été déclaré mort dans un accident d'avion avec ses parents alors qu'il n'avait qu'une dizaine d'années.  Les premiers épisodes racontent les difficultés de son retour et surtout à se faire reconnaître de son entourage.  Sauf que même pas dix minutes après le début de l'épisode, les ressemblances avec le Batman de Christopher Nolan me paraissaient juste trop énormes pour passer inaperçu: parents morts dans sa jeunesse, disparition des radars pendant de nombreuses années, héritage d'une entreprise valant des sommes folles, etc, la liste était longue.  Certes, les deux personnages sont différents, surtout par leur caractère (et pas à l'avantage de Danny Rand!), mais le truc qui m'a chicoté ensuite c'était leur point commun: chef d'entreprise.

Minute, minute, minute! On en est rendu là?  À une époque, la personne qui détenait du pouvoir, qui était reconnu, c'était le chef de l'état non?  Le roi, le prince, le général, ceux-là étaient les bons, les leaders, les chefs.  Ceux-là étaient les personnes dignes d'admiration, les modèles.  Ou les méchants totalement repoussoirs.  Pourtant, dans la fiction contemporaine, les exemples pullulent de personnages qui sont avant tout définis par leurs réussites dans le milieu des affaires, qu'ils aient créé leur propre entreprise ou qu'il en aient hérité.  Les leaders politiques?  On les représente souvent comme étant déconnectés ou corrompus, alors que les hommes d'affaires, même s'ils n'ont de comptes à rendre à personne ou peut-être parce qu'ils n'ont de comptes à rendre à personnes prennent le haut du pavé.  Des exemples?  Iron Man quelqu'un?  Ça ne vous rappelle rien?  C'est pourtant l'archétype du multimilliardaire, un brin narcissique et égocentrique qui n'hésite pas à étaler fortune et réussite autour de lui.  On insiste à plusieurs reprises sur le fait qu'il soit riche et hommes d'affaires.  Idem pour Bruce Wayne, l'alter ego de Batman.  En dehors des supers-héros?  Le nom de Christian Grey vous dit quelque chose?  Et je ne parle même pas des multiples films, séries télés ou livres dans lequel un personnage secondaires est un riche homme d'affaire.  Rarement une femme, mais ça peut arriver.

Et les méchants?  Les James Bond depuis les années 1990 ont mis en vedette un certain nombre de gens d'affaires corrompus en vilain dans leur film, l'un des plus marquants étant certainement Elliott Carver dans Demain ne meurt jamais.  Un autre exemple est  Richmond Valentine du film Kingsmen: Services secrets.  Leur point commun? Mégalomanie, volonté de dominer le monde... et utilisation de toutes leurs ressources, financières et techniques, pour atteindre leurs buts.  C'est souvent exagéré et caricatural, mais reste que l'on est passé du méchant chef d'un état à un méchant qui n'est pas lié à une structure étatique, mais international, qui s'infiltre partout, se glisse partout et est au fond... très proche de nous.

Tous ces personnages nous emmènent dans un univers feutrés de bureaux en hauts de grands édifices, de luxes, de raffinement et où les guerres, même si elles ne font pas de morts ou de blessés, restent extrêmement violentes.  Par le biais de la fiction, on entre dans leurs univers et l'on comprend les codes de ces univers, les relations de pouvoirs qui s'y jouent.  Même si tout cela est ultra-fermé (les milliardaires-PDG ne sont qu'une poignée d'être humains sur terre), la fiction nous permet d'y prendre pied et comme c'est quelque chose de réel, d'y prendre un peu place.  Certes, la plupart des milliardaires ne se déguisent pas en chauve-souris pour combattre le crime la nuit (loin de là!), mais donne l'impression que ceux-ci ont naturellement des pouvoirs au-dessus du commun des mortels, même plus que les gouvernements en place dans certains cas.  Ah oui et autre point à noter, on les voit rarement faire véritablement des affaires, leur statut compte plus que leur travail.

Je pensais à cela lorsque j'ai vu le résultat des élections américaines de 2016.  L'homme qui a remplacé Barrack Obama à la tête des États-Unis correspond à cet archétype de l'homme d'affaires dont nous parle la fiction: riche, puissant, ne rendant de comptes qu'à lui-même, sauveur en quelque sorte.  Je m'interroge en voyant ça: et si la fiction nous avait préparé à voir ce genre d'individus au pouvoir?  Si les esprits avaient été préparés à cette idée, sans faire la distinction en ce qui concerne la réalité et l'imaginaire, comme si les qualités des super-héros homme d'affaires s'appliquaient à tous sans distinction?  Alors, facteur parmi beaucoup d'autres il faut l'avouer, mais le terrain a été préparé.  En ce sens, il y a un lien entre l'actuel président des États-Unis et Iron Man.  Je ne suis pas sûre que ce soit quelque chose de bien.

@+ Mariane

4 commentaires:

  1. Eh oui, tu rejoins ici une préoccupation de plusieurs auteurs de SF : à force de représenter quelque chose qu'on croit possible ou qu'on craint, on lui prépare le terrain dans l'esprit collectif et quand ça finit par arriver, les gens haussent les épaules. Ils s'y attendaient : ils l'ont vu dans des films.

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    1. Dans ce cas, il faudrait imaginer plein de films avec des dirigeants sages amoureux des lettres... Aller, on peut bien rêver!

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  2. Il y a plusieurs années, il y avait eu une bande dessinée où l'homme d'affaire Lex Luthor, l'ennemi juré de Superman, devenait président des États-Unis.

    Pour se faire, il s'était départi de ses entreprises.

    Conclusion: Donald Trump est moins éthique qu'un super-vilain.

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    1. Déjà que l'éthique des vilains de super-héros est assez basse, je sais pas si c'est bon signe...

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