lundi 28 mars 2016

La fumeuse idée du destin

Salut!

Quand on regarde la littérature fantasy, on se rend compte qu'une idée récurrente rampe dans la grande majorité des romans et séries de genre: le destin.  Le héros de l'histoire, même s'il n'est au départ qu'une personne très ordinaire s'y révèle comme étant une personne destinée à faire quelque chose, le plus souvent, tuer le méchant.  Peut importe ce qu'il fait, ce qu'il a décidé dans sa vie, les épreuves qu'il a affronté et dont il a triomphé, sa personnalité, ses amis, bref, sa vie, notre héros réussira parce qu'il était déjà certain au départ qu'il le ferait.  Enfin, peut-être pas pour lui, mais pour les autres personnes qui parlent de sa destinée et les puissances supérieures de son coin d'univers.  Entre autre.  S'il y a bien un truc répétitif dans la fantasy, bien au-delà des clichés, c'est bien ça.

Pensez-y!  Les enfants Pevensies des Chroniques de Narnia sont destinés à devenir Rois et Reines de Narnia.  Harry Potter a fait l'objet d'une prophétie avant sa naissance.  Eragon est choisi par son dragon.  Et je vous épargne le Porteur de lumières dans Les Chevaliers d'Émeraude...    Je vous le dit, sortez les exemples, ils sont légions.  En fait, c'est un procédé tellement facile en fantasy que ce sont ceux qui ne font pas appel à cette idée qui sont l'exception plutôt que la règle.  Un bon exemple est la bande de la Communauté de l'anneau.  Tous choisissent de s'engager dans la quête et personne n'a été élu ou destiné à ça.  Ils ont tous leur cheminement de vie, mais ils décident de s'engager dans cette quête.  Tout en sachant que rien ne garanti leur réussite parce qu'il n'y a aucune prédiction au départ sur le résultat de leur aventure...  Et c'est une énorme différence.

C'est une chose qui ne m'avait pas vraiment frappé avant de visionner cette conférence TED.  Et ensuite, quand on a vu ça, on ne peut que ce dire: mais oui, c'est vrai!  Les gens que nous admirons, les gens qui ont des histoires encensées par à peu près tout le monde... ont une histoire dont on nous a dit la fin au début.  Évidemment, le talent de l'auteur(e) nous fera douter de la réussite finale.  Nous fera croire que rien n'est moins sûr.  L'intérêt est alors de savoir comment il (ou elle) va le faire, mais n'empêche... tout l'intérêt d'une histoire n'est-elle pas de ne pas savoir comment elle va finir?  Et là, on nous dit la fin pratiquement au début!

Les destins, les prophéties, les prédictions ont leur utilités.  Elles permettent de se libérer un peu du poids de ne jamais savoir de quoi sera fait l'avenir.  C'est vrai, quand face à l'avenir règne l'incertitude, de s'accrocher à la certitude que quelque chose va arriver de façon certaine rassure, console.  On a beau rire des amoureux (se) des romans d'amour, on peut leur donner ce petit point en commun: tous les deux lisent des livres dont ils ont une petite idée de la fin au début.  On le sait en ouvrant la couverture d'un roman d'amour que les deux tourtereaux vont finir ensemble après être passé par un long cycle de je t'aime/je te déteste.  On le sait d'avance en lisant une prophétie que le héros/l'héroïne va finir par faire ce qu'elle dit... mais les chemins pour le faire peuvent être beaucoup plus tortueux, disons.

L'idée du destin pré-déterminé fonctionne évidemment bien dans un univers où le fond magique permet de dire qu'il est possible de prédire l'avenir, ce qui n'est évidemment pas si évident dans notre pauvre monde terre-à-terre.  Et l'idée est séduisante et facile à mettre en place: quoi de mieux pour faire bouger quelqu'un que de lui dire que dans l'avenir, il fera exactement ce qu'on lui dit, peu importe les événements auquel il fera face et peu importe les efforts qu'il fera pour y échapper.  Wow!  Perso, j'aime mieux ne pas trop connaître mon avenir que de savoir que je ferais à coup sûr un truc débile un jour...

Quand on y pense, l'idée du destin est faussement rassurante et correspond à un besoin de contrôle sur notre avenir que nous n'avons pas collectivement et fournit également une garantie de ne pas se tromper: on y est destiné après tout!  Alors que dans notre vraie vie, la réalité est toute autre: personne ne peut prédire l'avenir, personne ne peut dire que quelqu'un réussira ou échouera avant que les événements arrivent et personne ne sera un sauveur destiné à sauver le monde.  Ça n'arrivera pas dans notre monde.  Il faut donc se résoudre comme des milliards de personne l'ont fait avant nous: à tâtons, en prenant individuellement et collectivement des décisions dont on ne sait pas l'impact à l'avance et en faisant de notre mieux en toutes circonstances.  Carrément moins sexy...  Malgré que ça a très bien marché dans le Seigneur des Anneaux, alors je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas faire de même dans d'autres romans!

@+ Mariane

2 commentaires:

  1. "L'élu de la prophétie" en fantasy, j'suis juste pu capable. Je prophétise que si les auteurs s'obstinent dans cette voie, je ne les lirai plus! :p

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