mercredi 15 juillet 2015

La voiture d'Intisar de Pedro Riera et Nacho Casanova

La voiture d'Intisar  Scénario de Perdo Riera  Dessins de Nacho Casanova  Delcourt  206 pages


Résumé:
Intisar est une jeune femme yéménite, de nos jours.  Farouchement indépendante, elle ne veut pas se marier et prend plutôt plaisir à conduire sa voiture dans les rues de Sanaa.  De derrière son volant, elle nous parle, fait part de ses réflexions, des événements de sa vie, de la condition des femmes au Yémen et en profite pour faire la course avec d'autres chauffeurs, que des homme, seul endroit où elle peut véritablement les défier et les battre.  Aucun misérabilisme, Intisar est une battante qui profite de tous les espaces de liberté qu'elle peut avoir.  Elle nous livre une percée dans l'univers des femmes de son pays, un espace très difficile d'accès pour les étrangers.

Mon avis:
Il y a quelque chose de Guy Delisle dans cette bande dessinée qui flirte à la fois avec le reportage et la fiction.  C'est dans la précision du dessin, dans l'aspect quasi-documentaire du récit que l'on voit les liens.  Certes, c'est très différent, l'histoire ici en étant une de fiction (c'est clairement précisé dès le départ), mais on sent la véracité dans les histoires, qui sont inspirés des récits de plus d'une quarantaine de femmes yéménites dont tous les contextes ont été changés afin de les protéger.  On s'attache à cette Intisar, femme résolument moderne, éprise de liberté et d'indépendance, mais pourtant profondément yéménite.  L'extrait où elle parle de l'affaire des caricatures de Mahomet en 2006 et de sa vision de la chose est très éclairante.  Surtout, elle nous montre que loin d'être uniquement soumise, les femmes de là-bas vivent leur vie quand même.  Avec ses joies, ses peines, ses questionnements, malgré le contrôle étroit des hommes.  On en voit de toutes les couleurs.  Pas tant dans le contrôle physique (le père d'Intisar ne vit pas avec eux, mais il les surveille de loin par crainte du commérage), mais dans le pouvoir que possède les hommes sur la vie des femmes, même par caprice.  Le rôle de la rumeur également dans le contrôle de celles-ci.  Le dessin est intéressant.  Il ne montre que le nécessaire, mais rend magnifiquement bien l'ambiance que l'on peut éprouver dans un tel pays.  Le récit d'Intisar, toujours à la première personne, se marie bien avec le choix des plans et des textures utilisées.  Il y a des tons de couleurs, mais uniquement dans les tons de gris froid et chaud.  Bref, une incursion très intéressante dans un pays mal connu, dans le domaine encore moins connu qu'est le quotidien des femmes de là-bas.

Ma note: 4.25/5

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