vendredi 17 juillet 2015

La fille invisible de Émilie Villeneuve et Julie Rocheleau

La fille invisible  Scénario d'Émilie Villeneuve  Conseils au scénario du Dr Jean Wilkins (CHU Ste-Justine)  Dessins et couleurs de Julie Rocheleau  Glénat Québec  48 pages


Résumé:
Flavie a 15 ans presque 16 et elle se considère comme une catastrophe ambulante.  Sans aucune estime d'elle-même, elle se dit qu'être mince pourrait lui apporter la solution.  Elle entre donc en conflit avec elle-même, particulièrement avec son poids.  En éliminant les kilos, elle pense gagner la lutte contre elle-même, avoir enfin du contrôle sur sa vie.  C'est le début de la chute dans l'enfer de l'anorexie.

Mon avis:
Mais quel travail sur les couleurs!  Je crois que ce qui est marquant dans cet album, c'est vraiment ce travail fait avec la couleur et les façons de l'utiliser.  Toute en nuance, tout en subtilité, elle permet de suivre les méandres des émotions de Flavie, de se sentir comme elle.  D'ailleurs la dessinatrice a choisi de mettre uniquement des teintes délavées, pastels, particulièrement dans les pires moments de la maladie de la jeune fille, pour montrer à quel point la vie de Flavie est en demie-teinte.  Le dessin transforme les visages en les remplissant d'angles et de lignes droites, ce qui les rends très bédéesques, mais tellement près de ce que vivent les personnages grâce au jeux des couleurs qui les complètent.  Flavie et son désir d'avoir un peu de contrôle sur sa vie, ses parents, désemparés face à la maladie de leur fille, l'équipe médicale, compétente, mais avec une légère distance, tout en étant très présent avec les patients.  Certaines cases laissaient la place à plus d'allégorie, mais en étant totalement en phase avec le récit.  Le combat entre l'équipe médicale et les patientes à l'heure des repas transformé en match de volley-ball est une scène à part, elle montre tellement la vision des anorexiques des traitements: c'est un match où chaque bouchée avalée est une défaite, même si c'est pour les soigner.  Ou le théâtre de marionnette où l'anorexie tire les ficelles, maîtrisant la vie des jeunes filles. Ou les nombreux extraits de journaux intimes ajouté de manière très graphique au récit.  Il y a un véritable propos qui se transmet à travers le dessin.  Tout ça est également très lié avec le scénario qui permet de voir de l'intérieur ce que Flavie ressent.  Son parcours est entrecoupé avec l'entrevue que mène une journaliste (rencontrée au tout début de la BD) avec un spécialiste de l'anorexie.  Le type nous fait voir l'envers du décor, la vérité derrière l'anorexie: c'est une maladie mentale, qui a des causes, des conséquences et qui peut se soigner.  Son discours est absolument exempt de jugement, il montre la maladie et ses conséquences et aussi toutes les difficultés qu'il y a à s'en sortir.  Les nombreux préjugés des gens face à celle-ci entre autre, n'aident absolument pas.  La réplique de Flavie à un moment qui dit qu'elle a repris du poids certes, mais qu'elle n'est pas guérit m'a marquée.  Le fait que la BD aie bénéficié des conseils d'un expert de Ste-Justine sur l'anorexie est flagrant.  Pourtant, rien de didactique dans cette BD.  On comprend tout à travers Flavie, on vit tout à travers elle.  La finale est très belle, une manière de boucler la boucle et de montrer que c'est possible de s'en sortir.  Une BD à lire pour comprendre l'anorexie, mais je l'ai bien plus vue comme une oeuvre à part entière, une oeuvre qui plonge dans un sujet et nous permet de le comprendre, tout en ayant la puissance d'un roman.

Ma note: 5/5

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