lundi 24 juin 2019

En terre d'Amérique

Salut!

J'ai un collègue de travail qui est arrivé au Québec avec bagages et famille il y a quelques années.  Super hyper-sympathique!  Le genre de personne qui te donne envie de te lever le matin parce que tu sais que tu vas voir son sourire en arrivant au bureau.  Il s'apprête à passer son examen de citoyenneté dans quelques semaines.  On s'entend super bien.  À un petit détail près...

Non, non, non, ne pensez rien de négatif!  Collègue-né-hors-d'Amérique ne me cause strictement aucun problème, c'est juste qu'à force de le fréquenter, je me suis rendue compte d'un truc que je n'avais jamais réalisé: on a pas pantoute les mêmes références culturelles!

As-tu entendu parler de ça?  Non, Collègue-né-hors-d'Amérique n'en a jamais entendu parlé!  Ni de Rock et Belles oreilles, ni des Filles de Caleb, ni du Bye Bye (avant cette année!), ni du Référendum de 1995, ni de la bouche croche de Jean Chrétien, ni des Colocs, ni de Robert Charlebois, ni de Michel Tremblay.  Parce qu'il n'est pas né ici, parce qu'il n'est pas tombé dans la marmite quand il était petit.  Il a tout à apprendre, mais il a la volonté d'apprendre et c'est un plaisir de discuter avec lui!  Et enfin, au moins, il sait qui est Céline Dion.

Tenez, François Pérusse!  Un produit culturel terriblement local qu'on peine à imaginer que 99% de la planète n'en ont jamais entendu parlé.  J'ai fait écouté un des épisodes du gars qui magasine à Collègue-né-hors-d'Amérique...  Ok, les Québécois savent de quoi je parle!  Un ski-doo, on peut-tu laisser-ça dans'cours?  Ceux qui ne répondent pas ishhh ne sont pas du Québec...  Pour l'instant.

Le fréquenter sur une base quotidienne me fait comprendre à quel point ce que je pense comme acquis ne l'est finalement pas: c'est du culturel, du construit.  Le Québec est à la base un morceau de France jeté au coeur de l'Amérique qui s'épanoui contre vents et marées depuis presque quatre siècles.  On a beau parler la même langue, connaître tous les deux Molière et savoir où est Paris, les différences sont nombreuses entre la France et l'Amérique pris au sens large du terme.

Primo, des siècles d'isolement de l'alma mater, de fréquentations des Britanniques et des habitants du sud de la frontière nous ont forcés à se voir autrement.  Sans compter une Révolution qui a secoué la France et a fait une coupure nette entre l'Ancien Régime dont nous sommes issus et le Nouveau qui a chamboulé le pays au XIXe siècle.  (Au Québec, on a encore plein d'expressions d'Ancien Régime...  Welcome in the Old Time!))

Deuxio, ben, c'est justement!  On fréquente les British depuis deux siècles!  On a acquis d'eux plein d'institutions (dont notre régime politique), une manière de faire les choses, de voir le monde... en les passant au blender d'ici.  On en a tiré une société qui n'est pas complètement coupée de ses racines françaises d'Ancien Régime et qui a ajouté une grosse couche de régime anglais là-dessus.  Sans compter la Révolution tranquille qui a rebrassé toute les cartes!

Sans compter non plus les vagues qui se sont succédées à nos portes!  Loyalistes américains, Irlandais, Italiens, Portugais, Grecs, Vietnamiens, Haïtiens, et plus récemment, Colombiens, Algériens, Sénégalais (Salut Boucar!), Croates, Serbes, Irakiens, Syriens et d'autres....  Tant d'autres...

Petit à petit, on a appris d'eux et ils ont appris de nous.  Tellement que la musique traditionnelle québécois prend souvent des airs de reels  irlandais et que le spaghetti est devenu un plat national!  Jamais du temps de mes grands-parents n'avaient-ont considéré comme un plat normal le tajine, les bagels et les baklavas.  De considérer de participer à la carifiesta comme une amie m'y a récemment invitée ou de penser à souhaiter joyeuse Hanoucca en plus de Joyeux Noël.  Ce sont tous les courageux qui ont jeté leur ancre en terre d'Amérique qui nous ont apporté ça.

Bref, le Québec d'aujourd'hui parle français (ou anglais!), ou créole, ou n'importe quelle langue en plus du français, mange du shish taouk (une connaissance m'a dit que shish taouk n'existait pas en-dehors du Québec...  J'assume! :P ), des sushis et de la salsa, maîtrise le rap américain, prête allégeance à la Reine d'Angleterre et sacre contre les cônes oranges et le trafic!  Il sait qui est Véronique Cloutier, lève les yeux au ciel en entendant les radios de Québec, sait faire la différence entre Québec, Gaspé et Saguenay (et qu'au Québec, les distances se comptent en heures!) et prononce le mot qui commence par t et finit en *ac correctement.  Récemment, on a ENFIN finit par reconnaître aussi l'immense apport des peuples des Premières Nations à ce que nous sommes. C'est encore imparfait, encore à parfaire, mais présents, quand même.

Ça donne un joyeux melting pot.  Un joyeux mélange de plein de cultures qui continuent à s'enrichir les unes des autres et à se chercher une trame commune, même après 400 ans d'existence.  Je fais partie des optimistes, des confiants.  On va y arriver.  On est un mélange métissé serré depuis les années 1600, quand le gendre de Louis Hébert hébergeait sous son toit deux femmes innues et un esclave noir...  Multiculturel le Québec?  Depuis ses débuts! Et ça ne nous a jamais empêché de grandir.

Mais sincèrement, ils devraient mettre une question sur François Pérusse dans le questionnaire de citoyenneté...  C'est un tel trésor national!

@+ Mariane

4 commentaires:

  1. Pérusse, ils devraient plutôt l'offrir en cadeau à tous les immigrants. J'ai eu une collègue de travail latina qui me disait qu'elle avait appris le français en écoutant des disques de Pérusse. Après m'être exclamée que "Cette méthode m'avait toutes les caractéristiques d'une pas la bonne" :p j'ai dû convenir qu'au contraire ça lui avait très bien réussi! (On aurait jamais pu dire, à son accent en français, qu'elle avait vécu en Argentine jusqu'à ses 12 ans!)

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    1. Je me répète, mais Pérusse et un trésor national! Collègue-né-hors-d'Amérique a juste trouvé qu'il parlait un peu vite! C'est d'autant plus à l'honneur de ta collègue latina.

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  2. Et les référents culturels, c'est toujours spécial quand on rencontre des gens qui n'ont pas les mêmes. Mon chum a des collègues et amis qui ont dix ans de moins que nous... Tsé, quand tu leur dis "Star Wars", ils pensent "Jar Jar Binks", pis ils connaissent pas Pérusse par coeur! O.o C'est déstabilisant! lol!

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    1. On passe de «Luke, je suis ton père» à «Mossa se rendre!» :O

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